Blog

Allergènes au restaurant : ce que le règlement INCO t'oblige à afficher

Les 14 allergènes à déclaration obligatoire, ce que tu dois afficher sur place et à emporter, et les sanctions en cas de manquement.

Un client te demande si ton risotto contient du gluten. Tu hésites, tu vas voir en cuisine, tu reviens cinq minutes plus tard avec un « je crois que non ». Mauvaise réponse : depuis le 13 décembre 2014, l'information sur les allergènes n'est pas une option de service, c'est une obligation légale écrite. Et en 2026, le sujet revient sur le devant de la scène avec un durcissement attendu des contrôles. Voici, sans jargon, exactement ce que la loi te demande, ce que tu risques si tu ne le fais pas, et comment être en règle en une après-midi.

D'où vient l'obligation : le règlement INCO 1169/2011

Le cadre, c'est le règlement européen n° 1169/2011, dit règlement INCO (INformation des COnsommateurs). Il s'applique dans toute l'Union depuis le 13 décembre 2014. En France, il est complété par le décret n° 2015-447 du 17 avril 2015, qui précise comment l'information doit être délivrée dans la restauration.

Le principe est simple : tout établissement qui sert des denrées non préemballées (donc tous les restaurants, brasseries, food-trucks, traiteurs, boulangeries qui vendent du sandwich…) doit informer le client de la présence des 14 allergènes à déclaration obligatoire dans ses plats. Que tu sois étoilé ou kebab du coin, la règle est la même.

Important : l'obligation porte sur l'information, pas sur l'absence d'allergène. Tu as parfaitement le droit de mettre des arachides partout — tu dois juste le dire clairement.

Les 14 allergènes à déclaration obligatoire

La liste est figée par l'annexe II du règlement INCO. Ce ne sont pas « les allergènes les plus connus » : c'est une liste fermée de 14 substances. Tu dois pouvoir répondre sur chacune d'elles.

# Allergène Exemples concrets en cuisine
1 Gluten (céréales) Blé, seigle, orge, avoine, épeautre — pain, panure, sauces liées à la farine, bière
2 Crustacés Crevettes, langoustines, crabe, homard, bisque
3 Œufs Mayonnaise, pâtes fraîches, dorure, meringue, certaines sauces
4 Poissons Filets, fumet, sauce nuoc-mâm, certaines sauces Worcestershire
5 Arachides Cacahuètes, huile d'arachide, sauces asiatiques, certains pestos
6 Soja Sauce soja, tofu, lécithine de soja, edamame
7 Lait Beurre, crème, fromage, lactose, certaines margarines
8 Fruits à coque Amande, noisette, noix, cajou, pistache, macadamia…
9 Céleri Branche, rave, sel de céleri, fonds de sauce
10 Moutarde Graines, condiment, vinaigrettes, certaines marinades
11 Graines de sésame Pain burger, houmous, tahini, huile de sésame
12 Anhydride sulfureux et sulfites (> 10 mg/kg ou 10 mg/L) Vin, fruits secs, certains crustacés, conserves
13 Lupin Farine de lupin (pains, pâtisseries sans gluten)
14 Mollusques Moules, huîtres, calamars, escargots, encornets

Le piège le plus fréquent : les allergènes « invisibles ». Les sulfites du vin que tu mets dans une sauce, le céleri caché dans un fond de bouillon industriel, le soja dans une sauce teriyaki, la moutarde dans une vinaigrette. C'est précisément là que les manquements sont relevés. La parade : lis les étiquettes de tous tes produits transformés et reporte chaque allergène dans ta fiche.

Ce que la loi t'oblige concrètement à faire

Le décret de 2015 est clair sur trois points.

1. L'information doit être écrite, pas seulement orale

Tu ne peux pas te contenter de répondre verbalement « demandez au serveur ». L'information doit être disponible sous forme écrite, à un endroit visible et librement accessible par le client, sans qu'il ait à la demander. Concrètement : une mention sur la carte, un tableau affiché, un classeur à disposition, un menu numérique consultable.

2. Ça vaut sur place et à emporter

C'est le point le plus souvent oublié. L'obligation couvre la vente à emporter et la livraison, pas seulement le service en salle. Si tu vends sur une plateforme de livraison, l'information allergènes doit être accessible avant la commande, au moment du choix. Un food-truck ou un comptoir de vente à emporter est soumis exactement à la même règle qu'un restaurant assis.

3. L'information doit être exacte et tenue à jour

Une carte qui change toutes les semaines = un tableau d'allergènes qui change toutes les semaines. Une information fausse (tu oublies de signaler le sésame dans ton pain) est une infraction, et en cas d'accident allergique, ta responsabilité civile, voire pénale, peut être engagée. C'est l'enjeu réel : au-delà de l'amende, c'est la santé du client.

Les supports acceptés

La loi te laisse le choix du support, du moment qu'il est écrit, exact et accessible. Les formats valables :

  • Une mention directement sur la carte / le menu, plat par plat (le plus propre).
  • Un tableau ou panneau affiché dans la salle, lisible sans avoir à le demander.
  • Un classeur ou support papier mis à disposition, signalé par une mention du type « Informations allergènes disponibles, demandez-nous le document ».
  • Un support numérique (QR code, tablette, menu en ligne) consultable librement.
  • Une ardoise pour les plats du jour, à condition que l'info y figure aussi.

Ce qui n'est pas valable : le simple « demandez au serveur » sans aucun support écrit derrière. C'est le motif de redressement n° 1 lors des contrôles DGCCRF.

Le format le plus robuste reste le tableau plat × allergènes : une ligne par plat, une colonne par allergène, une croix dans la case. Lisible en deux secondes par le client comme par l'agent de contrôle. Tu peux le générer et l'imprimer gratuitement avec notre outil Tableau allergènes : tu coches, tu télécharges, tu affiches.

Les sanctions : ce que tu risques vraiment

Le contrôle est assuré par la DGCCRF (les services de la répression des fraudes), souvent lors d'un contrôle d'hygiène ou sur signalement. Le régime de sanction prévu pour un défaut d'information du consommateur :

Manquement Sanction encourue
Absence d'information allergènes (personne physique) Amende administrative jusqu'à 1 500 €
Récidive Jusqu'à 3 000 €
Personne morale (société) Montants doublés, soit 3 000 € / 6 000 €
Information fausse / pratique trompeuse Jusqu'à 300 000 € et peines complémentaires (délit)

Concrètement, pour un manquement « simple » constaté, on est sur une amende de l'ordre de 1 500 € — pour quelque chose qui se règle en une après-midi avec une feuille bien faite. Le calcul est vite vu.

Exemple chiffré. Un bistrot de 40 couverts contrôlé sans aucun support écrit : 1 500 € d'amende. À 12 € de marge brute par couvert, il faut servir 125 couverts juste pour éponger l'amende. Une heure passée à remplir un tableau d'allergènes, ça reste l'investissement le plus rentable de ta semaine.

Le renforcement attendu en 2026 : pourquoi t'y mettre maintenant

La pression réglementaire monte. Plusieurs signaux convergent : durcissement des contrôles DGCCRF sur l'information du consommateur, montée en puissance des obligations sur la vente à emporter et la livraison (un canal qui a explosé et où l'info allergènes est souvent défaillante), et travaux européens sur une harmonisation plus stricte de l'étiquetage hors domicile.

La tendance de fond est nette : ce qui était toléré « à l'oral » devient sanctionné. Les établissements qui n'ont qu'un « demandez au serveur » sont les premiers visés. Se mettre en conformité maintenant, c'est sortir de la cible avant que les contrôles ne se resserrent — pas après avoir reçu l'amende.

Ta checklist conformité en 5 points

  1. Liste tes plats et, pour chacun, identifie lesquels des 14 allergènes il contient (lis les étiquettes des produits transformés — c'est là que ça se joue).
  2. Construis un tableau plat × allergène, clair et à jour.
  3. Rends-le accessible sans demande : affiché, sur la carte, ou via QR code / classeur signalé.
  4. Couvre la vente à emporter et la livraison, pas seulement la salle.
  5. Mets à jour à chaque changement de carte.

La bonne nouvelle : ça ne coûte rien et ça se fait vite. Génère ton tableau d'allergènes conforme INCO, prêt à imprimer — tu coches les allergènes par plat, tu télécharges le PDF, tu l'affiches. Conforme, lisible, à jour.

Et après ? Pilote aussi ta marge

Une fois ta cuisine en règle côté allergènes, l'autre chantier qui protège ton restaurant, c'est la rentabilité. Savoir ce que coûte vraiment chaque plat te permet à la fois de mieux tracer tes ingrédients et de fixer un prix de plat juste sans rogner ta marge. Et si tu veux vérifier que tes ratios tiennent la route, commence par comprendre ton food cost : c'est le nerf de la guerre. La même rigueur de traçabilité te sert d'ailleurs à contrôler tes factures fournisseurs et à récupérer chaque euro d'écart.

Marge Brut, c'est l'outil pensé avec des restaurateurs pour gérer food cost, marge et conformité sans tableur illisible. Créer un compte gratuit et garde ta cuisine carrée — côté réglementaire comme côté rentabilité.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Quels allergènes un restaurant doit-il afficher ?

Le règlement INCO (UE n°1169/2011) impose d’informer le client sur 14 allergènes majeurs : gluten, crustacés, œufs, poissons, arachides, soja, lait, fruits à coque, céleri, moutarde, graines de sésame, anhydride sulfureux et sulfites, lupin et mollusques. Cette information doit couvrir tous les plats servis, y compris les boissons et préparations maison.

L’information sur les allergènes doit-elle être écrite ?

L’information allergènes doit être disponible pour le client de façon fiable et accessible. En restauration, elle peut être affichée (carte, panneau, classeur dédié) ou fournie oralement, à condition qu’une mention écrite et visible indique au client qu’il peut obtenir ces informations auprès du personnel. La traçabilité par plat doit pouvoir être présentée sur demande, ce qui suppose une matrice allergènes tenue à jour.

Que risque un restaurant qui n’affiche pas les allergènes ?

Le non-respect de l’obligation d’information sur les allergènes expose à des sanctions administratives prononcées par la DGCCRF (mise en demeure, amende), et engage la responsabilité du restaurateur en cas de réaction allergique d’un client. Au-delà du risque légal, une information incomplète met en danger la sécurité du convive : tenir une matrice allergènes par plat est la meilleure protection.

← Tous les articles Diagnostic 60 s