Blog

Menu engineering : la matrice qui dit quoi garder, pousser ou sortir de ta carte

Croiser la popularité et la marge de chaque plat pour décider quoi garder, mettre en avant, retravailler ou retirer : la méthode du menu engineering, avec un exemple chiffré complet.

Sur ta carte, en ce moment même, il y a des plats qui financent les autres. Des plats que tout le monde commande mais qui te rapportent peu. Et un ou deux que plus personne ne commande — mais qui restent là « parce qu'ils y ont toujours été ». Tant que tu décides au ressenti, tu ne sais pas lesquels sont lesquels.

Le menu engineering règle exactement ça : une méthode simple, formalisée dans les années 1980 par Kasavana et Smith (Michigan State University), qui croise deux données que tu as déjà — ce que chaque plat se vend, et ce qu'il te rapporte — pour classer ta carte en quatre familles et savoir quoi faire, plat par plat.

Le principe : popularité × marge (en euros)

Chaque plat est jugé sur deux axes :

  • Sa popularité : sa part dans le mix de vente (ses ventes ÷ ventes totales de la catégorie). Elle sort de ta caisse.
  • Sa marge brute en euros : prix de vente HT − coût matière. Elle sort de ta fiche technique.

Le point décisif : on raisonne en euros de marge, pas en pourcentage. Un risotto à 13 % de food cost qui laisse 12,60 € de marge n'est pas « meilleur » qu'une entrecôte à 36 % qui en laisse 14,00 €. Le pourcentage flatte, mais c'est l'euro qui paie tes factures — même logique que pour la carte des vins.

Les seuils de classement

  • Populaire : un plat l'est si son mix atteint au moins 70 % de la part moyenne. Avec 6 plats, la part moyenne est de 16,7 % → seuil ≈ 11,7 %. (C'est le seuil classique de la méthode ; l'important est de garder le même d'un mois sur l'autre.)
  • Rentable : sa marge en euros est supérieure ou égale à la marge moyenne pondérée de sa catégorie (la moyenne des marges, pondérée par les ventes).

Règle d'or : compare ce qui est comparable. Les plats avec les plats, les entrées avec les entrées, les desserts avec les desserts — pas un café avec une côte de bœuf.

Les 4 familles et quoi en faire

Famille Profil Action
Vedette Populaire + forte marge Protéger : mise en avant, régularité parfaite, ne pas bricoler la recette ni le prix sans raison
Vache à lait Populaire + faible marge Travailler le coût (fiche technique, portion, fournisseur) ou monter le prix par petites touches
Énigme Peu vendue + forte marge Vendre mieux : placement carte, description, suggestion du serveur, parfois renommer
Poids mort Peu vendu + faible marge Sortir de la carte, ou transformer radicalement

L'exemple chiffré : 6 plats au bistrot

1 200 plats vendus sur le mois. Seuil de popularité : 11,7 %. Marge moyenne pondérée : 11,17 €.

Plat Ventes Mix Marge HT Verdict
Burger maison 340 28,3 % 10,90 € Vache à lait
Salade César 290 24,2 % 8,60 € Vache à lait
Entrecôte frites 190 15,8 % 14,00 € Vedette
Risotto champignons 150 12,5 % 12,60 € Vedette
Tartare de saumon 120 10,0 % 10,50 € Poids mort
Poisson du jour 110 9,2 % 12,70 € Énigme

Et maintenant, les décisions :

  • Burger (vache à lait, marge à 27 centimes de la moyenne) : +0,50 € sur le prix carte, invisible pour le client sur un plat signature → +170 € de marge par mois (340 × 0,50), et il devient vedette.
  • César (vache à lait) : renégocier poulet et parmesan ou recalibrer la portion de −0,60 € de coût → +174 €/mois. Le prix peut aussi bouger, mais sur un plat d'appel, commence par le coût.
  • Poisson du jour (énigme) : il rapporte 12,70 € par vente et personne ne le voit. Suggestion systématique du serveur + ardoise → chaque vente gagnée vaut plus qu'une vente de burger.
  • Tartare (poids mort) : 10 % du mix, marge sous la moyenne, des chutes de saumon en perte. Il sort à la prochaine carte, remplacé par un plat construit depuis la fiche technique avec une marge cible (voir comment fixer le prix d'un plat).

Quatre décisions, zéro intuition, ~350 €/mois de marge récupérée avant même de compter l'effet carte.

Les pièges classiques

  • Mélanger les catégories. Un dessert margera toujours moins qu'une entrecôte en euros : classe-le contre les autres desserts.
  • Analyser une seule fois. Le mix bouge avec les saisons et la carte. La matrice se refait chaque mois, ou au minimum à chaque changement de carte.
  • Des fiches techniques pas à jour. Si tes coûts matière datent de six mois, ta matrice ment. Les prix d'achat bougent — c'est tout l'intérêt de fiches techniques vivantes et d'un ratio matière suivi.
  • Tout toucher en même temps. Une ou deux actions par famille, puis on re-mesure à 30 jours. Sinon impossible de savoir ce qui a marché.

Passe à l'action

  1. Exporte les ventes par plat du mois depuis ta caisse.
  2. Sors la marge en euros de chaque plat depuis tes fiches techniques.
  3. Calcule les deux seuils (70 % de la part moyenne ; marge moyenne pondérée).
  4. Classe, décide une action par plat, note-la.
  5. Re-mesure dans 30 jours.

Tu veux d'abord savoir si ta marge globale est dans les clous ? Lance le Diagnostic 60 secondes. Et pour avoir tes fiches techniques, tes coûts réels et ta marge par plat au même endroit — la matière première du menu engineering — crée un compte gratuit sur Marge Brut.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le menu engineering en restauration ?

Le menu engineering est une méthode d’analyse de carte formalisée dans les années 1980 par Kasavana et Smith (Michigan State University). Elle croise la popularité de chaque plat (sa part dans le mix de vente, issue de la caisse) et sa marge brute en euros (prix de vente HT moins coût matière, issue de la fiche technique) pour classer la carte en quatre familles — vedettes, vaches à lait, énigmes, poids morts — et décider d’une action par plat.

Comment classer un plat dans la matrice du menu engineering ?

Un plat est « populaire » si sa part du mix de vente atteint au moins 70 % de la part moyenne (avec 10 plats, la part moyenne est de 10 %, le seuil est donc de 7 %). Il est « rentable » si sa marge en euros est supérieure ou égale à la marge moyenne pondérée de sa catégorie. On compare toujours des plats d’une même catégorie : les plats entre eux, les desserts entre eux.

Pourquoi analyser la marge en euros plutôt qu’en pourcentage ?

Parce que le pourcentage ne paie pas les factures. Un plat à 13 % de food cost qui laisse 12,60 € de marge rapporte moins qu’un plat à 36 % qui en laisse 14,00 €. Le food cost en pourcentage sert à contrôler les coûts ; pour décider quoi pousser ou retirer de la carte, c’est la marge en euros par vente qui compte.

← Tous les articles Diagnostic 60 s