Plan de trésorerie restaurant : modèle sur 12 mois et exemple chiffré

Un restaurant rentable peut manquer de cash en janvier ou en août. Comment construire un plan de trésorerie sur 12 mois : encaissements TTC, délais fournisseurs, TVA, salaires et charges, saisonnalité, matelas de sécurité, avec un exemple de bistrot mois par mois.

Ton expert-comptable t'annonce un bénéfice. Le même mois, ton banquier t'appelle parce que le compte est à découvert. Les deux ont raison : le résultat mesure ce que tu gagnes, la trésorerie mesure l'argent qui est réellement sur le compte, au jour près. En restauration, l'écart entre les deux peut être brutal : les ventes rentrent tous les jours, mais la TVA, les fournisseurs, les salaires et les charges sociales tombent en paquets, à des dates fixes, souvent le mois suivant.

Un plan de trésorerie, c'est le tableau qui prévoit, mois par mois, ce qui va entrer et sortir du compte. On voit comment le construire, avec un exemple de bistrot sur 12 mois, puis comment le tenir chaque semaine.

Résultat et trésorerie : pourquoi ils divergent

Ton compte de résultat est construit en hors taxes et rattache chaque charge au mois où elle est née. Ta trésorerie, elle, vit en TTC et au rythme des paiements. Quatre décalages font toute la différence :

  1. La TVA. Tu encaisses du TTC, mais la TVA collectée ne t'appartient pas : tu la reverses le mois suivant (ou chaque trimestre), moins la TVA que tu as payée sur tes achats. Pendant quelques semaines, elle gonfle ton compte. C'est un piège classique : l'argent est là, mais il est déjà dû. Les taux applicables sont détaillés dans le guide de la TVA en restauration.
  2. Les délais fournisseurs. Tes achats de décembre se paient souvent en janvier.
  3. Les charges à échéance. Cotisations sociales mensuelles, loyer parfois trimestriel et payé d'avance, assurance annuelle, CFE en décembre, acomptes d'impôt sur les sociétés : ces sorties ne suivent pas ton activité.
  4. Les investissements et les emprunts. Le remboursement du capital d'un emprunt sort du compte mais n'est pas une charge ; à l'inverse, l'amortissement d'un four est une charge qui ne sort pas du compte.

Les encaissements d'un restaurant

  • Les ventes encaissées, en TTC : espèces le jour même, carte bancaire en général crédités sous un à deux jours ouvrés.
  • Les titres-restaurant, remboursés par les émetteurs avec un délai et une commission : sur une clientèle de bureaux, ce décalage compte.
  • Les plateformes de livraison, qui reversent les ventes nettes de leur commission, souvent chaque semaine. Leur coût réel est détaillé dans le guide des commissions Uber Eats et Deliveroo.
  • Les acomptes sur les privatisations et événements, encaissés parfois des mois avant la prestation (voir le devis de privatisation).

Pour estimer tes ventes futures, pars de ton historique mois par mois ou, si tu ouvres, de la formule capacité × remplissage × ticket moyen détaillée dans le guide du chiffre d'affaires par couverts.

Les décaissements, et quand ils tombent

Poste Quand ça sort À savoir
Fournisseurs de denrées périssables Au plus 30 jours après la fin de la décade de livraison Délai maximum légal (art. L443-1 du Code de commerce)
Autres fournisseurs Au plus 60 jours après la facture, ou 45 jours fin de mois si convenu Délai maximum légal (art. L441-10) ; beaucoup de grossistes demandent moins
Salaires nets Fin de mois ou début du mois suivant Les indemnités de congés payés tombent en été
Cotisations sociales Le mois suivant, avec la DSN Échéance du 5 ou du 15 selon l'effectif
TVA Le mois suivant (régime réel normal) Ou acomptes et régularisation au régime simplifié
Loyer Mensuel ou trimestriel, souvent d'avance Un loyer trimestriel crée trois pics par an
Emprunts, leasing Échéance fixe Le capital remboursé n'est pas dans ton résultat
Énergie, assurances, abonnements Mensuel ou annuel Repère les échéances annuelles
CFE Mi-décembre Avec le pic des achats de fin d'année

Les délais légaux sont des maximums. Ce qui compte pour ton plan, ce sont les délais que tu pratiques vraiment avec chaque fournisseur : note-les une fois pour toutes.

Exemple : le plan de trésorerie d'un bistrot sur 12 mois

Un bistrot de quartier fait 528 000 € de chiffre d'affaires HT par an, avec une saison marquée : creux en janvier, belle fin de printemps, fermeture partielle en août, reprise en septembre. Hypothèses (illustratives, à remplacer par les tiennes) :

  • Ventes encaissées dans le mois, TVA moyenne de 12 % (mélange de 10 % sur la nourriture et les softs, 20 % sur l'alcool) ;
  • Achats de matière à 30 % du CA HT, payés le mois suivant, avec 8 % de TVA en moyenne ;
  • TVA nette reversée le mois suivant : 7 % du CA HT du mois précédent ;
  • Masse salariale chargée de 17 000 € par mois (salaires nets et cotisations) ;
  • Charges fixes de 9 000 € par mois TTC (loyer, énergie, assurances, abonnements) et emprunt de 2 500 € par mois ;
  • CFE de 1 500 € en décembre ; trésorerie de départ au 1er janvier : 20 000 €.
Mois CA HT Encaissements TTC Achats payés TVA reversée Total décaissements Variation Trésorerie fin de mois
Janv. 35 000 39 200 16 848 3 640 48 988 − 9 788 10 212
Févr. 38 000 42 560 11 340 2 450 42 290 270 10 482
Mars 44 000 49 280 12 312 2 660 43 472 5 808 16 290
Avril 46 000 51 520 14 256 3 080 45 836 5 684 21 974
Mai 50 000 56 000 14 904 3 220 46 624 9 376 31 350
Juin 52 000 58 240 16 200 3 500 48 200 10 040 41 390
Juil. 40 000 44 800 16 848 3 640 48 988 − 4 188 37 202
Août 28 000 31 360 12 960 2 800 44 260 − 12 900 24 302
Sept. 50 000 56 000 9 072 1 960 39 532 16 468 40 770
Oct. 48 000 53 760 16 200 3 500 48 200 5 560 46 330
Nov. 45 000 50 400 15 552 3 360 47 412 2 988 49 318
Déc. 52 000 58 240 14 580 3 150 47 730 10 510 59 828

Sur l'année, le bistrot dégage près de 40 000 € de trésorerie. Mais deux mois font mal :

  • Janvier perd près de 10 000 €. Le CA est au plus bas, et c'est justement le mois où l'on paie les achats et la TVA de décembre, le meilleur mois de l'année. La trésorerie tombe à 10 212 €, soit moins de dix jours de décaissements.
  • Août perd près de 13 000 €. Le CA baisse d'un tiers, mais les salaires (congés payés compris), le loyer et l'emprunt tombent comme d'habitude, avec les achats de juillet.

Sans plan, le patron découvre ces creux en regardant son compte. Avec le plan, il les voit six mois à l'avance et peut agir : négocier un délai avec un fournisseur pour janvier, décaler un achat de matériel en septembre plutôt qu'en juin, ne pas sortir de dividende en juillet, ou ouvrir une facilité de caisse avant d'en avoir besoin. Une banque prête beaucoup plus facilement à un restaurant qui arrive avec son plan qu'à un compte déjà à découvert.

Le matelas de sécurité : combien garder ?

Une règle de prudence courante : garder en permanence au moins un mois de charges fixes et de masse salariale. Dans l'exemple, c'est 17 000 + 9 000 + 2 500 = 28 500 €. Le bistrot passe sous ce seuil de janvier à avril : c'est le signal pour ne rien engager de non indispensable pendant ces mois-là.

Pour savoir quel niveau d'activité couvre tes charges fixes, le calcul du seuil de rentabilité et son calculateur gratuit sont le bon point de départ. Et pour savoir combien ton exploitation génère vraiment avant les emprunts, c'est l'EBE qu'il faut regarder.

Construire ton plan en 5 étapes

  1. Pars du solde bancaire réel d'aujourd'hui, tous comptes confondus.
  2. Projette tes encaissements mois par mois à partir de ton historique (même mois de l'an dernier, corrigé de la tendance), en TTC.
  3. Liste toutes tes sorties fixes avec leur date et leur montant : loyer, emprunts, abonnements, assurances, CFE, acomptes d'impôt. Les relevés bancaires des 12 derniers mois sont la meilleure source pour n'en oublier aucune.
  4. Ajoute les sorties variables avec leur décalage : achats (en pourcentage du CA, payés selon tes délais réels), salaires et cotisations, TVA nette.
  5. Mets à jour chaque mois en remplaçant le prévisionnel par le réel, et regarde toujours les trois mois suivants. Un plan qui n'est pas mis à jour ne sert à rien au bout de six semaines.

Au jour le jour, beaucoup de restaurateurs ajoutent un rituel hebdomadaire : un jour fixe dans la semaine, ils regardent le solde, les factures à payer d'ici la semaine suivante et fixent ce qu'ils peuvent régler. C'est la version courte du plan, celle qui évite les rejets de prélèvement.

Les erreurs qui faussent un plan de trésorerie

  • Raisonner en HT. Le banquier ne connaît que le TTC. Ton plan doit être en TTC, avec la TVA reversée comme une sortie.
  • Oublier les échéances annuelles : CFE, assurance, contrôle des extincteurs, renouvellement d'une licence logicielle.
  • Confondre résultat et trésorerie : un emprunt remboursé, un stock qui gonfle, un client événementiel qui paie à 30 jours, rien de tout ça ne se voit dans le résultat du mois.
  • Sous-estimer l'été : congés payés, extras de remplacement et baisse d'activité s'additionnent. Le guide des congés payés HCR aide à chiffrer cette période.
  • Laisser dormir la TVA collectée sur le compte courant comme si c'était de la marge.

Un plan de trésorerie qui se met à jour tout seul

Tenir ce tableau à la main, c'est faisable, mais il faut ressaisir chaque facture et chaque charge. Dans Marge Brut, le module Trésorerie part de ce que tu saisis déjà :

  • les charges récurrentes (loyer, emprunts, abonnements, TVA) se saisissent une seule fois et génèrent leurs échéances ;
  • l'écran À payer regroupe tes factures fournisseurs et tes charges avec leur échéance et leur retard ;
  • le rituel Chaque mardi fixe le cash disponible de la semaine et les factures à régler, sous plafond ;
  • la Projection calcule ta trésorerie sur 13 semaines à partir de ton solde, de ton chiffre d'affaires moyen récent, de ta masse salariale, des extras planifiés et de tes échéances, et te dit combien tu peux encore engager en achats ce mois-ci.

Les mêmes chiffres alimentent ton P&L et ton budget mensuel. C'est gratuit : crée ton compte Marge Brut et saisis ton solde du jour, la projection se construit à partir de là.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Comment faire un plan de trésorerie pour un restaurant ?

Pars du solde bancaire réel, projette tes encaissements mois par mois en TTC à partir de ton historique, liste toutes les sorties fixes avec leur date (loyer, emprunts, assurances, CFE, abonnements), ajoute les sorties variables avec leur décalage (achats selon tes délais fournisseurs, salaires, cotisations, TVA nette du mois précédent), puis calcule le solde de fin de mois. Mets-le à jour chaque mois avec le réel et regarde toujours les trois mois suivants.

Pourquoi un restaurant rentable peut-il manquer de trésorerie ?

Parce que le résultat se calcule en HT et rattache chaque charge à son mois, alors que la trésorerie vit en TTC et au rythme des paiements. La TVA encaissée est due le mois suivant, les achats d'un gros mois se paient le mois d'après, et les salaires, le loyer et les emprunts tombent même quand l'activité baisse. Janvier, qui paie les achats et la TVA de décembre avec un chiffre d'affaires faible, et août sont les deux creux classiques.

Quelle trésorerie de sécurité garder dans un restaurant ?

Une règle de prudence courante consiste à garder au moins un mois de charges fixes et de masse salariale chargée. Pour un restaurant à 17 000 € de masse salariale, 9 000 € de charges fixes et 2 500 € d'emprunt par mois, cela fait 28 500 €. Sous ce seuil, mieux vaut ne rien engager de non indispensable et anticiper avec ta banque une facilité de caisse avant d'en avoir besoin.

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